Nous reproduisons ici quelques extraits de l’ouvrage « Histoire de Toulon » de Maurice Agulhon (1980) afin de situer l’œuvre de Charles-Fortuné dans le contexte toulonnais et préciser quelques pistes de recherche quant à son implication dans la réalisation des projets :
Le premier mandat d'Escartefigue, de mai 1904 à mai 1908
«En 1904, Marius Escartefigue se rend maître du Conseil municipal en se faisant élire, lui et tous ses amis, au scrutin de liste, et, à 32 ans, est élu maire. Cet homme astucieux, inventeur à ses heures (il a mis au point l'anti-monte lait et le poêle à sciure) ne manque pas de popularité; il a la poignée de main facile. Esprit généreux et conciliant, âme un peu bohème, le physique avantageux avec sa grande barbe tôt poivre et sel, le maire est presque séduisant, pourvu d'amis fidèles, bien que toujours discuté. Il est finalement bénéficiaire, ou victime, d'un mythe qui déforme le personnage, il est vrai, complexe»…/…/
« Le premier mandat d'Escartefigue, de mai 1904 à mai 1908, commence alors que l'administration de tutelle est aux mains de Bonnerot, préfet du ministère Combes; il y a alors un parfait accord entre le maire et le préfet, qui rend hommage à la «netteté des convictions» et du programme politique du premier magistrat de Toulon; ce dernier, qui donne à son équipe la qualification de «socialiste et républicain », salue le «vaillant gouvernement d'avant-garde». Il est certain que la politique anticléricale du «Père Combes» ne peut qu'être agréable à une grande partie de l'opinion toulonnaise. »
Le nouveau maire résume son programme : l'amortissement de la dette de la gestion Micholet, l'excédent des dépenses s'élève au quart de l'actif selon les comptes, mais aussi le développement des grands travaux. En fait, quand Escartefigue quittera la mairie, la réalisation de la partie scolaire de l’œuvre l'emportera de beaucoup: treize écoles ont été inaugurées par Clemenceau en février 1907, la municipalité a trouvé des locaux pour les cours d'adultes de la Bourse du Travail, acheté la propriété Sausset pour y créer l'Institut des Sourds-et-Muets, installé un collège de jeunes filles sur des terrains de la Marine, place Saint-Roch. C'est la tradition radicale typique certes; mais la visée socialiste n'est pas négligée, de l'organisation de colonies scolaires d'été à l'abaissement des tarifs de l'octroi, et à l'augmentation des subventions au Bureau de bienfaisance pour éviter la création de l'organisme «Goutte de lait », qui risquait de tomber trop facilement dans les mains des dames patronnesses du parti conservateur ; achat aussi, en 1907, de terrains pour construire des habitations à bon marché.
À la charge de la ville, les frais de construction d'une centrale électrique, et à celle de la nouvelle entreprise, les dépenses d'exploitation, mais avec une diminution de 40 % des tarifs. Il est avantageux, parce qu'il permet de tripler l'énergie distribuée sur les voies publiques et dans les bâtiments communaux, et d'étendre progressivement l'éclairage de la ville, sans grever le budget municipal, une fois payée la construction de l'usine ; mais il n'y a pas eu de procédure d'adjudication, et ce n'est pas la première fois que, toujours pressé, Escartefigue s'en dispense dans la réalisation d'un projet communal. Le concessionnaire va donc retirer l'usufruit de l'exploitation d'une usine construite aux frais du contribuable, alors qu'à la même date, la régie directe, à Grenoble ou en Angleterre, est adoptée; menacé d'un schisme au conseil, Escartefigue démissionne le 10 octobre 1909. Malgré ses difficultés judiciaires à Nice en 1912, il est encore réélu conseiller général à Toulon en 1913. Si sa gestion municipale fut âprement critiquée, notamment dans les milieux du commerce, ou par les groupements de défense des intérêts des contribuables, plus serein fut le rapport de l'Inspection générale des Finances ».
« Après la courte administration de Muller, Joachim Gasquet, à la tête d'un Conseil assagi, s'installe pour trois ans à la mairie en 1909; il réalise, en matière d'adduction d'eaux, le projet d'Escartefigue retardé par les experts du Conseil supérieur d'Hygiène publique: capter les eaux de la vallée de Dardennes par un barrage de retenue pour améliorer la distribution à Toulon et à La Seyne». Maurice Agulhon- 1980
Quant aux grands travaux, ils restent souvent à l'état de projets, tel celui de l'avenue de la Rade à partir du théâtre; ou ne sont que des opérations de consolidation de réalisations antérieures. Reste enfin l'assainissement, grand souci de toutes les municipalités depuis 1884, et qui bute depuis 1894 sur la mauvaise volonté de la commune de La Seyne. Escartefigue ne l'écarte pas mieux que ses prédécesseurs, mais il améliore le classement et le tracé des conduites, l'implantation des stations de refoulement; il fait poser de 180 à 200 bornes-fontaines par an, sans empêcher, au mois d'août, les rues d'être sales, les habitants assoiffés, et les maladies infectieuses de menacer les quartiers populaires. »
« Escartefigue tente d'étendre l'éclairage public et privé. Il bute sur l'obstacle du cahier des charges de la Compagnie du gaz, établi en 1881, renouvelé en 1900; ce contrat rigoureux ne permettait pas d'obtenir des baisses de prix à la consommation, mais laissait le champ libre à une Société d'éclairage électrique. Un projet établi par le maire et le bénéficiaire Thomine met à la charge de la ville les frais de construction d'une centrale électrique, et à celle de la nouvelle entreprise, les dépenses d'exploitation, mais avec une diminution de 40 % des tarifs. Il est avantageux, parce qu'il permet de tripler l'énergie distribuée sur les voies publiques et dans les bâtiments communaux, et d'étendre progressivement l'éclairage de la ville, sans grever le budget municipal, une fois payée la construction de l'usine; le maire connaît aussi des déboires au conseil municipal. En essayant d'étendre l'éclairage public et privé, il bute sur l'obstacle du cahier des charges de la Compagnie du gaz, établi en 1881, renouvelé en 1900; ce contrat rigoureux ne permettait pas d'obtenir des baisses de prix à la consommation, mais laissait le champ libre à une Société d'éclairage électrique. »
Sources diverses :
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